BENOÎT CARPENTIER /  Plasticien  

 Friendly  / Micadanse Paris Juin 2006

 

TEXTE // PATRICK GAIAUDO // BETTY BERTRAND // ISABELLE KRAISER

VERONIQUE DELARCHÉ // LAURENCE MEDORI

Ma proposition porte sur la trace du corps dans l'espace. Elle interroge le dessin que met en place les mouvements dans l'espace.

Pour cela j’imagine une installation où des pions, correspondant à chaque moveur, seront placés sur une feuille. Une ou deux personnes s'occuperont de les déplacer en fonction des trajets effectués dans la salle et traceront les chemins parcourus. L'espace de la feuille sera filmé et l'image sera retransmise en direct sur une télévision. Elle sera un support d'information pour les moveurs. schéma.

 

Comment un moveur évolue-t-il quand ses mouvements sont destinés à dessiner l'espace et à y laisser une trace ?  Comment fournir plus d'informations aux moveurs sur ce qui est en train de se passer dans l'espace et donc lui donner une conscience plus importante de son environnement ?

Par ailleurs, qu’elle est la nature des informations émises ? Elle se traduit par des lignes dans cette installation et par conséquent ne fournit qu'une information partielle de l'ensemble des renseignements qu'il est possible d'appréhender de l'espace réel (l'espace de la salle).

Le dispositif pourra être amplifié en plaçant des objets dans l'espace et en observant les fluctuations graphiques que ces obstacles apportent.

Friendly / ZEM théâtre Lille déc 2005

 

La question que je propose porte sur l'image et les différentes façons dont elle est véhiculée.

Par l'image, j'entends celle que l'on considère comme la représentation que l'on se fait du monde. Celle qui se fait par tous nos sens et sert de médiateur entre nous-même et ce qui nous entoure. Elle est la copie de notre environnement et aussi notre seul lien avec lui. La chaise que l'on perçoit, par exemple, n'est qu'une copie de la chaise réelle. Qu'on la touche, la regarde dans tous les sens ou qu'on la sente, la chaise perçu laissera une image mentale plus ou moins fidèle de la chaise « réelle ». Chaque individu, suivant sa sensibilité et son imagination, aura une image plus ou moins différente d'une même chaise. Chacun n'aura prélevé qu'une partie de la multitude d'informations que peut offrir l'objet et l'aura enrichie sous l'action de son imagination. L'image naissant au contact de l'objet, sera une dynamique pour l'esprit qui, par son imagination, va à son tour la renchérir.

 

Cette image, qui dans l'exemple ci-dessus nous parvient directement immédiatement du modèle au spectateur, peut se retrouver filtrée par différents médiums avant de nous atteindre. Elle peut ainsi être reproduite à travers la sculpture, la peinture, le théâtre, la danse, la publicité, la télévision, l'informatique etc…. Ces médiums mettent de la distance entre le modèle et nous. Ils offrent différentes façons de percevoir les événements du réel et déterminent également notre manière d'appréhender le monde. L'écart qui se faisait déjà jour dans notre rapport direct au modèle se trouve alors accentué. Les médiums renchérissent l'image qu'ils traitent tout en perdant une partie du modèle initial. La photo par exemple peut bouleverser notre relation temporelle avec un événement par les traces qu'elle laisse d'un moment révolu. En même temps la présence sur la photographie n'est plus qu'un résidu de l'événement initial.

 

Ce qui m'intéresse dans l'image que l'individu prélève au départ dans son environnement, est l'enrichissement qu'elle subit en passant par différents médiums. Lorsque l'image arrive à destination, c'est-à-dire à l'esprit, elle semble ne plus présenter qu'une dose "homéopathique" d'elle-même, alors qu’elle propose de nouvelles possibilités au regard.

 

On est ici dans un procédé similaire à celui du cadavre exquis. L'imagination est sans cesse provoquée par de nouveaux médiums qui, en atrophiant l'image, oblige l'esprit à en compléter la forme. Lorsque plusieurs médiums traitent l'image par vagues successives, ils en mettent en évidence l’aspect mobile de l'image. Celui-ci transite d'un espace à un autre, prenant les aspects d'un caméléon.

 

Le champ d'investigation est vaste. Les questions, qui font jour, me semblent porter sur ce qui vient alors faire "corps" dans une image. Qu'est ce qui, à travers chaque transformation de l'image ? Est-ce que l'important finalement serait de créer des ruptures dans cette déambulation de l'image ? Doit-on tenter d’empêcher son vagabondage, c'est-à-dire de bloquer l'engrenage dans lequel l'image s'installe, afin de le dévoiler ? De façon imagée, ce serait comme de poser un caméléon sur l'écran d'un téléviseur allumé. Celui-ci ne parviendrait pas à s'habiller de son milieu et se retrouverait nu. Concernant l'image, l’essentiel serait-il d’amener le dispositif à se rompre afin de faire apparaître des parties dissimulées?

 

DISPOSITIF

 

L'activité porte sur la notion « d'intention ». L'individu, au moment d’agir sur son environnement, a une intention précise. Il a par exemple l’envie ou le besoin d'empiler des caisses. On peut considérer que cette intention correspond à une image mentale et que l'individu a plus ou moins en tête l'image du résultat qu'il veut obtenir. Il va alors transférer cette image en acte.

 

Pour créer des ruptures dans cette déambulation de l'image dans le but de mettre à jour certains aspects dissimulés du dispositif.

L'une des solutions qui s'impose à moi et d’intervenir lorsque l'intention est inadaptée à la réalité mais que la personne persiste dans sa volonté.

 

Ce serait comme de vouloir exprimer une idée sans en avoir les moyens mais tenter de le faire malgré tout, comme en situation de survie. Par exemple vouloir attraper une baleine avec un cure-dent. Les chances d’y arriver sont quasiment inexistantes et pourtant, en situation de survie, on sera toujours tentés d’essayer, sans meilleures idées. Entre l'intention et la réalisation, l'écart se creuse.

 

Le problème est que ces situations prennent le plus souvent des allures comiques.

 

Le dispositif qui pourrait mettre à jour ces ruptures consisterait en une sorte de jeu :

- Défilement d'objets sur une télévision

- Un groupe de personne tente collectivement de reconstruire la forme vue à l’écran dans une durée déterminée par le montage vidéo (15 secondes). Pour Effectuer cette tâche, le groupe dispose de bandelettes de moquette réparties autour de l’espace de jeu.

- Lorsque le temps est écoulé le groupe sort, et un second groupe entre pour

agir dans l’espace construit et évolue sur les bandes de moquettes (15 secondes).