ISABELLE KRAISER / Performance

Friendly / ZEM theatre Lille déc 2005

 

 TEXTE // PATRICK GAIAUDO // BENOIT CARPENTIER

BETTY BERTRAND // VERONIQUE DELARCHÉ // LAURENCE MEDORI

L’espace, le paysage, la ville comme autant de lieux d’expériences visibles ou invisibles.

Entreprendre des pérégrinations hasardeuses, des déplacements aléatoires  en utilisant ses outils de perceptions tels que l’œil, l’oreille, la main, le mouvement.

Investir le paysage environnant dans un rapport direct avec la géographie du monde matériel.

Se mouvoir dans le flot perpétuel de la ville et de ses activités.

Jouer avec le relief, la topographie, la matérialité des espaces publics,

Et surtout, observer et questionner la chaîne des causes et des effets.

 

Créer des surprises, des incidents, des étonnements en relation avec toute la géographie structurelle et humaine qui nous entoure.

Créer des images décalées qui provoquent la surprise du passant proche.

Exécuter des gestes banals en jouant sur le décalage.

Ouvrir des parcours inusités pour l’œil ou pour le passage d’éventuels visiteurs.

Marquer et investir un territoire de manière insolite.

Et noter comment le lieu influence grandement l’état de corps du danseur et automatiquement observer comment le lieu lui-même se modifie de la présence du corps dansant.

 

Questionner la place du corps dans l’espace public.

Modifier par la présence la vision que l’on peut avoir de l’architecture mais aussi de l’espace vide entre chaque bâtiment, objets, individus statiques ou en mobilité.

Le corps de l’artiste pris dans le flot en tant que présence anonyme, déambulant à la dérive sans but. L’acte artistique devient transitoire et dérisoire.

Et à l’inverse, construire une déambulation motivée, entreprise par nécessité avec des buts que l’on se fixe et un questionnement du sens de l’action : pourquoi faire ? quoi dire ? quoi donner ? quoi prendre ?

 

Jouer avec ce qu’on rencontre, ce qu’on voit et sent autour de nous.

Jouer avec l’imprévisibilité.

Jouer avec la matière du monde en mouvement, matière mouvante en constante mutation.

 

A l’extérieur on ne peut pas contrôler les choses, il se passe une multitudes d’événements, d’activités produites par des quantités de gens qui ont ou n’ont pas du tout de relation entre elles.

 

PARTITION

 

Un environnement urbain transformé en observatoire

 - Parcours dans la ville par binôme.

 Point de départ : le Zem théâtre

Point d’arrivée : EURALILLE

Consignes : l’un a les yeux fermés, celui qui connaît Lille. L’autre est le guide, celui qui ne connaît pas la ville.

Chaque binôme invente son mode de déplacement et ses propres stratégies.

 -Expérience au magasin LA REDOUTE.

 En s’appuyant sur l’expérience perceptive que nous venons de vivre lors du parcours dans la ville, nous mènerons une réflexion sur l’état de présence lorsque je me trouve dans le magasin avec une autre intention que celle d’un consommateur.

Que dois-je mettre en œuvre pour cela ? Quand et comment dois-je intervenir ? Dois-je forcément agir ?

Pour cela, je propose d’être dans un état de présence déconnecté du quotidien, d’explorer yeux ouverts ou fermés ce qui me traverse, les images internes, les impressions physiques ; d’observer ma relation à l’environnement, comment je me situe dans l’espace, par rapport aux différents éléments extérieurs, si je bouge, qu’es ce que je mets en mouvement, suis-je exposé ou fondu dans la masse …

 

RETOUR SUR EXPÉRIENCE

 

"J'avais les yeux ouverts. Dans ce rôle, j’ai eu la sensation de l'écoulement ralenti du temps, de la perception beaucoup plus accrue des choses d'ordre visuel mais aussi des sons et des regards des autres. Jusqu'à ce que finalement les autres nous oublient ou du moins oublient notre situation insolite au point qu'une jeune femme demande sa route à Guiti, ma partenaire qui avait les yeux fermés. Je me suis sentie comme spectatrice du film de notre cheminement, très agréable sensation d'être tellement là que je peux en même temps être en dehors et observer. " Véronique Delarché 

 

"Bien sûr le fait de fermer les yeux, organes prégnants et normalement essentiels dans notre contact avec le monde, nous amène à trouver les ressources nécessaires dans nos systèmes internes. Les représentations internes remplacent les images produites par l’œil et le déplacement d’un point à un autre, d’habitude si anodin, est vécu de façon « extraordinaire ».Chacun importe à sa manière le monde extérieur dans son monde intérieur." Isabelle Kraiser

 

 "A Euralille, temple de la consommation, nous avons expérimenté différents états de présence au milieu des rayons et de la clientèle, comme le déplacement lent, les manipulations de vêtements, d’essayages par superpositions, etc…

Nous avons également observé les réactions des gens autour de nous comme la modification de l’attitude du vigile qui nous a amené à prendre nous-même cette attitude.

Quel est justement la place et l’attitude du vigile dans un magasin ?

Quel effet produit-on en qualité de client potentiel si l’on prend l’attitude du vigile ?

Nous nous sommes également demandés ce que nous mettons en œuvre lorsque nous nous déplaçons dans le magasin avec une intention différente que celle d’un consommateur. Devons-nous forcément agir ?"  Isabelle Kraiser

 

"L’environnement urbain (rues, magasins, places, carrefour, conversations…) est habituellement investie par des états de corps et de présence très fonctionnel et formel. La circulation dans la ville transforme ces environnements en observatoire à travers desquels différentes expériences perceptives sont observées et vécues les yeux ouverts ou fermés. L’intention, de la marche dans la ville ou le magasin, est de s’appuyer sur nos perceptions pour travailler le décalage de présence et observer les conséquences que cela entraîne.Ce travail replace au centre, de la préoccupation artistique, la communication qu’un être perceptif entretient avec n’importe quel environnement. En donnant à voir ces états de présence décalés, en rue ou dans un grand magasin, l’acte de consommation, les codes gestuels et les comportements instaurés dans une situation donnée sont fondamentalement remis en question." Pascale Gille