BETTY BERTRAND / Plasticienne

Friendly / Micadanse Paris juin 2006

TEXTE // PATRICK GAIAUDO // BENOIT CARPENTIER // ISABELLE KRAISER

VERONIQUE DELARCHÉ // LAURENCE MEDORI

COMPOSITION EN LUDI ET EN JOCUS

 

L'improvisation naît de la possibilité d'un autre sens de l'ouverture des repères, de l'absence d'un sens figé et univoque. Espace de transgression, l'improvisation fleurte avec la fulgurance de l'instable. Mais quand l'improvisation rencontre la partition, l'espace de jeu est ouvert aux règles. Des règles que déjoue l'aléatoire convoqué.

 

Comment peuvent cohabiter ces quatre fortes personnalités que sont l'improvisation, la partition, la réglementation et l'aléatoire si ce n'est par le biais du jeu. Je propose donc ici d'inventer des jeux dont les règles seraient la structure de l'improvisation. Dès lors l'improvisation sera confrontée au ludique et au pragmatique. Mais comment transformer un espace scénique en un plateau de jeu (de société)? Et comment être dans l'intuition tout en étant dans l'application de règles?

 

LUDI: PARTITION

Comme tout jeu il y a des règles, il s'agit ici de définir les règles du jeu.

 

Un plateau de jeu divisé en douze espaces délimités par:

un coussin, une guirlande électrique, une chaîne d'objets, un matelas, un cercle tracé à la craie, une forme dessinée au scotch, un gros ballon (sauteur), des plotes, un circuit de train, des legos, un rectangle de papier où seront écrit des choses préalablement ( par nous-même) des outils qui indiquent l'heure (déterminent le temps de l'action comme un sablier ou une montre ).

Ces différents espaces sont amenés à être bougé lors de l'improvisation. On peut être à plusieurs dans un même espace, cette contrainte régule de ce fait notre proposition.

 

Les participants sont comme un pion ils sont reconnaissable par une couleur ou un objet bien spécifique.

Chaque performeur tire au sore ca partition, il lance 2 des et chaque chiffre renvoyé à un espace et chaque espace renvoyé à une action. Ainsi il connaît préalablement : l’action, l’emplacement ou elle s’y déroule et l’ ordre .

 

Le musicien par différents signaux sonores pré établis informe les performeurs  sur : 

- L’arrêt de leurs actions, 

-la suspension de leurs actions

-le changement d’emplacement spatial

-la transformation collective de l’organisation du plateau de jeu (tous les objets sont réorganiser dans l’espace.)

-le fait de jouer hors plateau de jeu

 

Propositions des différentes actions : (cette liste peut être modifiée et surtout enrichie)

1. effectuer  des sauts.

2. composer en ayant comme focus la respiration

3. action de lire ou d’écrire (des textes qu'on aurait par-ailleurs tirés de réflexions de la semaine ).
4. isoler une partie du corps et bouger avec.

5. hors plateau de jeu, on observe.

6. baladeur sur les oreilles diffusant  musique, texte qui est l'élément moteur de notre action

7. phrase chorégraphique, 3-4 gestes qu'on peut décliner sous différentes qualités, et différentes vitesses.

8. parler au micro hors de l'espace de jeu pour intervenir sur la composition globale en demandant à telle personne de s'arrêter, d'amplifier son action.

9. tableaux vivants : immobilité /changement de posture,/immobilité (des stratégies de groupe peuvent être utilisées.

10. L'action n'est pas visible, seul le résultat est montré à la fin du jeu. Derrière un paravent, il y a un polaroïd, on effectue comme un cadavre exquis en photos.

11. travail au sol

 

JOCUS: QUESTION QUE SOULÉVE LA PARTITION

 

Associer une méthode des règles à l'improvisation est-ce tuer l'intuitif? Est-ce souligner les faiblesses, les limites de l'improvisation? Rationaliser, dompter l'aléatoire? Comment peut-on jongler avec la matière? Comment à l'intérieur d'un cadre défini, de règles prédéterminées peut-on trouver la liberté suffisante, laissant encore place à la créativité et à l'intuition? Comment peut-on jouer avec des règles? L'espace reste-t-il suffisant d'hasardeuses pour  des rencontres. Les règles imposées laissent-elles encore la place  nécessaire à l'improvisation. Comment peut-on se servir d'un tel processus pour stimuler une improvisation et ouvrir de nouvelles portes? Comment ne pas être assujetti à la forme mais plutôt partenaire de celle-ci, s'appuyer sur elle, jouer avec elle comme avec un partenaire : prendre les règles comme des stimulus. Comment malgré toutes les contraintes, parvenir à un acte poétique?

 

Mais une chose est sur, même si tout est déjà là, dans le cadre, pour autant rien n'est déterminé. C'est la rencontre des êtres et des objets mis à leur disposition qui va produire l'oeuvre et bouleverser le cours des choses." Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" nous dirait encore Lavoisier. Malgré les règles et les consignes l'improvisation restera un devenir infini au même titre que la vie. Le jeu reste un système entropique où se conjuguent l'ordre et le désordre, l'intuitif et le discursif. Cette organisation est tel un microcosme de notre société.