VERONIQUE DELARCHÉ / danseuse

 Friendly / ZEM theatre Lille déc 2005

 

 TEXTE  // PATRICK GAIAUDO // BENOIT CARPENTIER

BETTY BERTRAND // ISABELLE KRAISER // LAURENCE MEDORI

Les mots m’évoquent des images, des sensations, des émotions. Ils ouvrent en mon corps des espaces où je perçois de manière très spécifique des résonances, j’appelle cela les résonances intérieures. Je les dissocie des résonances vibratoires qui se produisent lorsque je dis les mots, mon intention doit être la plus détachée possible pour dire le mot afin de le laisser prendre leur place. Les mots sont pour moi le matériau sur lequel naissent mes mouvements internes.

 

Tout mouvement ou toute sonorité prend son origine au-dedans de moi.

Quand je parle de dedans, j’entends mon intériorité intime, je ne me soucie pas de la forme ni de la relation à l’autre mais de sentir au plus juste l’origine d’un geste ou d’un son.

Un mot est entendu en rapport à son sens qui peut être différent de sa signification. Il y a l’image mentale que je me fais d’un mot et il y a son sens, comment il me touche au plus profond de moi-même. Je tente de ne pas m’attacher à leur musicalité, leur sonorité même si c'est parfois difficilement dissociable.

L'expérience avec un mot ou avec un texte est différente car avec le texte je suis libre de choisir ce qui me touche le plus. Est-ce le sens de ce qui est dit ? Est-ce un mot plus particulièrement ? Est-ce une énergie liée à la succession de ces mots ?

Je m’allonge immobile au sol pendant environ 15 minutes, cela pourrait être 2 heures.

Dans cette posture, la détente musculaire aide au lâcher prise, la respiration se libère, cela me permet d’accéder au calme intérieur. Elle me sert aussi à faire taire le plus possible le mental afin qu'il interfère le moins possible au moment où je suis touchée par le texte.

Après avoir fait le vide, j’observe ce qui me traverse.

Bien sûr, comme pour une méditation, ce qui se passe peut être très différent pour chacun d'entre nous, mais je choisis de porter mon attention sur la résonance intérieure du mot dans mon corps.

La personne qui lit le texte ou le mot est dans le même état intérieur de vide que ceux qui le reçoivent. Sa façon de le lire sera la plus neutre possible, elle ne donnera donc pas son interprétation du texte.

Lorsque quelqu’un donne un mot, on peut sentir ce qui bouge intérieurement.

Ecouter le mot, c'est l'action première, mais je préfère parler d'entendre le mot, qui est moins volontaire qu'écouter.

Cette écoute provoque une sensation de mouvement interne, quasiment instantanée ou avec un très léger retard.

Cette sensation est de l'ordre d'une amorce de contraction musculaire, d'un changement dans le déroulement de la respiration, d'une émotion.

Lorsque la sensation est forte, on peut ensuite laisser devenir le mouvement interne visible.

C'est exactement l'état dont je parle quand j'évoque la proprioception et le Travail Corporel ; être passif pour laisser le geste se faire en soi puis être actif pour le rendre visible. Il y a un dosage subtil entre passivité et activité à trouver pour chacun.